"La façade d'une maison appartient à celui qui la regarde" Proverbe chinois

Le Manoir des Grands Prés - Cinq siècles d'histoire

Une bâtisse chargée d'histoire

Le Manoir des Grands Prés date du XVIème siècle. Il a connu des modifications aux XVII et XVIIIème siècle.
Le Manoir, entouré de douves, possède également un parc de plus d'un hectare. Le lieu idéal pour se ressourcer, au calme, accompagné par les oiseaux. Un maison de caractère, idéale pour les amoureux des vieille pierres et du patrimoine. Vous trouverez au Manoir des Grands Prés, un havre de paix à la fois à la campagne et proche de la mer.

Une occupation ancienne

Lors de la construction de l’hôpital local, des fouilles préventives menées dans l’environnement proche du manoir des Grands Prés ont permis de se faire une idée plus précise de l’occupation humaine du lieu. Autour de la demeure, les premières traces remontent au néolithique ancien (6000 à 4500 avant J.C). C’est surtout à l’époque gallo romaine qu’une activité économique semble se développer au Nord de la propriété, dans la zone humide des Prés Bosgers. Un enclos entouré de fossés, un puits et des excavations souvent remaniées pourraient correspondre à une activité liée à l’eau (rouissage du lin ou du chanvre ?) La présence d’un grand bâtiment, probablement a vocation résidentielle, laisse à penser que nous ne sommes pas devant une occupation saisonnière. L’activité sur se site se poursuit sporadiquement jusqu’au haut Moyen Age (du Vème au 10ème siècle) avant de s’éteindre.

Le Grand Prez puis les Grands Prés

Il est bien difficile de savoir quand a été construit le premier manoir des Grands Prés. Il se pourrait que ce soit à la fin du Moyen Age, lors de l’abandon de la fonction artisanale des Prés Bosgers. C’est probablement un grand domaine qui joint au Nord le village de Saint-Jouan et au Sud la voie qui même de Cancale à Saint-Coulomb La seule information que nous ayons est beaucoup plus tardive, il s’agit du nom de propriétaires de ce domaine, les Le Corgne, au tout début du 16ème siècle. 

Charles Le Chauff, chevalier, écuyer d’écurie, capitaine de Vannes et Chambellan du Duc de Bretagne en 1425. En juin 1428 l’ardent serviteur est honoré par le duc Jean de Bretagne « exempte les métairies, maisons et héritages appartenant au dit Charles Le Chauff, père du dit Guillaume, et ses fermiers, de toutes fouages, subsides, tailles et autre subventions en faveur des services rendus par le dit Charles Le Chauff, son féal et bien aimé chevalier et chambellan ».

Le Manoir des Grands Prés à Cancale

 

D'argent au pigeon d'azur membré et bèqueté de gueules

et en chef deux croissants adossés de gueules

 

On lui accorde le bénéfice de la seigneurie de la Motte en Saint-Coulomb et il associe son nom à la terre qu’il possède. C’est ainsi qu’à la réformation de la noblesse en 1513 on trouve un Jehan Le Chauff seigneur de la Motte aux Chauff et de la Ville Bréhaut. Au fil des générations, le patrimoine s’agrandit ; les possessions s’étendent désormais en Cancale : les domaines de la Vallée, des Quatrevais et le Grand Prez tombent dans leur escarcelle. La famille Le Chauff possède une chapelle prohibitive, dite Dieu de Pitié, dans l’église de Cancale dont le vitrail porte les armoiries ; elles sont aussi sculptées sur un des piliers de la nef et sur un banc en bois. 

Paul Banéat dans son ouvrage sur le département de l’Ille et Vilaine (1927) dit que l’on trouve aux Grands Prés deux écussons timbrés d’un casque à lambrequins avec la date de 1541. Cet élément a aujourd’hui disparu. On peut éventuellement se servir de cette information pour associer l’écusson d’un écuyer Le Chauff avec celui de son épouse, elle aussi issue de racines nobles. Il n’a malheureusement pas identifié les armoiries, elles étaient sans doute indéchiffrables. La date pourrait marquer une reconstruction du manoir primitif.

Sensiblement à la même époque, un certain Jean Lesur fait construire la chapelle Saint Jean dans le village de Saint-Jouan des Grands Prés. Elle ne semble pas faire partie du domaine. Il faut préciser que si le manoir appartient aux Le Chauff, ils ne vivent pas sur place. La chapelle Dieu de Pitié de l’église paroissiale les accueille lors de leurs brefs séjours à Cancale.

Au cours du 17ème siècle, une partie des seigneuries détenues par les Le Chauff passe à la famille Porée, qui semble s’installer à Cancale. En effet, on trouve dans les registres paroissiaux plusieurs actes les concernant : le mariage d’Estienne Porée Sieur de la Vallée avec Julienne Macé Demoiselle des Grands Prés en 1687. C’est l’épouse qui détient le titre de Demoiselle des Grands Prés sans doute acquis par héritage lointain des Le Chauff. On trouve aussi dans les archives les décès de : noble homme François Porée en 1674, Agnès Porée Demoiselle des « Quatrevas » en 1686, Estienne Porée Sieur de la Vallée en 1695, Damoiselle Marie Porée (19 ans) en 1713, Etienne Porée Sieur de la Vallée mort aux Grands Prés en 1729, Jean Baptiste Porée (prêtre) Sieur de la Vallée en 1743. Il semble que ce soit le dernier de la lignée présent à Cancale.

Un document très intéressant, conservé dans les archives paroissiales, apporte des informations complémentaires. Il s’agit du procès verbal de visite de l’église de Cancale en 1719, à l’époque où l’état critique du bâtiment pose la question de sa reconstruction. Julienne Macé, veuve d’Etienne Porée Sieur de la Vallée et propriétaire de la maison des Grands Prés, comparaît pour défendre ses droits. Elle possède une pierre tombale près du Chœur, une chapelle privative, un banc et des armoiries gravées sur une des piliers qui sont " Un écartelé au premier et au quatrième de gueulle a deux macces d'argent en chef et une coquille d'argent de mesme au second et au troisième de sable à cinq billettes d'argent, posée deux en chef, un et deux". Ce sont les armoiries des Saint Cire (parfois Saint-Syre) ses ancêtres. Par ailleurs elle demande que soient conservées celles des Le Chauff (dans la chapelle Dieu de Pitié) autrefois propriétaires des Grands Prés "d'argent au pigeon d'azur surmonté de deux croissants adossés de gueules"

Cette anecdote est d’autant plus forte que le fils de Julienne Macé est en procès avec le recteur de la paroisse. En effet, Le Sieur de la Vallée accuse l’ecclésiastique de malversations.

Jeanne Jugan - Les Grands Prés à Cancale

Les rôles des fouages et de la capitation nous renseignent sur le personnel de maison engagé dans la propriété : en 1722 il y a deux servantes et un valet. En 1742 il ne reste qu’un serviteur auprès du prêtre Jean Baptiste Porée. A son décès (1743) on ne trouve pas de successeurs ayant laissé une trace ; la propriété n’est plus citée avant 1789 où le rôle des fouages extraordinaires fait apparaître M. Frédéric Magon de Coëtizac en qualité de propriétaire. Il a

 tout juste vingt ans et ne sait pas encore que la tourmente révolutionnaire va bouleverser sa vie. Sa mère, Anne Hélène Gardin Demoiselle de la Villeaumont, et son frère sont guillotinés à Paris comme plusieurs membres de la famille Magon. La grand-mère de Frédéric était une Porée et c’est peut-être pas ce biais qu’il a hérité des Grands Prés mais à ce jour nous n’en avons pas la preuve.

Une jeune Cancalaise, née aux Petites Croix, fréquente régulièrement les lieux. Personne ne se doute alors que Jeanne Jouquan est en marche vers un destin extraordinaire. Deux cents ans plus tard la congrégation des Petites Sœurs des Pauvres est présente dans le monde entier.

Le manoir

Une partie des bâtiments a une vocation agricole ; c’est sans doute un métayer qui exploite les pièces de terre aux alentours et jouît d’un espace de vie au sein de la ferme qui a été conçue pour résister à un éventuel assaut. On a profité de la présence d’un petit cours d’eau pour creuser de larges et profondes douves tout autour de l’habitation ne laissant qu’un étroit passage pour pénétrer dans la cour. Il ne faut pas douter que depuis le 16ème siècle de nombreuses modifications aient été engagées. Le Terrier de Châteauneuf, imposant registre répertoriant les possessions du Marquis dans la région donc les redevances dues par les propriétaires à leur suzerain, fait état du manoir des Grands Prés alors occupée par Jean Baptiste Porée :

La maison des Grands Prés ancienne, maison neuve au joignant, pavillon sur le portail, fuye, étable, fournil, pressoir, grande cour, le grand jardin joignant la maison neuve, deux petits jardins derrière l’ancienne maison le tout entouré de douves

  • Une chesnaye derrière les dites maisons et jardins
  • Le verger devant les maisons et autre petit jardin près du pavillon
  • Les Grandes Jannais
  • Le Grans Clos
  • Le Clos de dessus la janaie
  • La Pré ou Clos au Puy
  • Le champ de la Motte

Un pilier de l’église de Cancalle armorié des armes des seigneurs des Grands Prés et l’écusson de même dans la vitre de la chapelle du Rosaire.

La même description est faite pour le manoir des Quatrevais.

Une carte précise de Cancale en 1760 dévoile les détails de la propriété des Grands Prés. Deux allées plantées d’arbres se rejoignent sur une voie d’accès unique. Le pavillon à gauche de l’entrée dans la cour puis l’étable et le pressoir. Au fond, les deux corps de logis et sur la droit du portail, probablement le fournil. On distingue les douves qui semblent être surmontées d’un mur.

Le cadastre de 1828, dit « Napoléonien », est un peu plus précis ; la position des bâtiments annexes est quelque peu différente. Le petit ruisseau alimenté par une source et qui se déverse dans les douves y est matérialisé. Le trop plein s’en échappe à gauche et rejoint le site de la Vallée. Au Nord, sur l’arrière de la demeure principale, on devine une tour qui autrefois devait abriter un escalier desservant l’étage. L’état de section associé à ce cadastre nous fait découvrir l’étendue du domaine. Tous les champs autour de l’ancien manoir sont, à cette époque, la propriété de M. Frédéric Magon de Coëtizac, tout comme le domaine de la Ville Aumont et les champs qui l’entourent.

Au fil des décennies l’ancien fief des Le Chauff est morcelé. La demeure transformée en établissement agricole subit les assauts du temps et souffre du manque d’entretien. Les douves se comblent et perdent leur parement. Les ronces envahissent les moindre interstices, la toiture n’est plus étanche, ses ardoises s’envolent à chaque tempête. Si en 1986 la propriété n’avait pas été achetée, elle ne serait plus aujourd’hui qu’un tas de pierres.

La renaissance

En 1987, alors que la situation semble désespérée, Jeannick et Paul Nouri-Guen découvrent le domaine et tombent sous le charme des murs séculaires. Amoureux des anciennes demeures et du patrimoine cancalais, ils s’en portent acquéreurs, bien décidés à faire revivre Les Grands Prés. Ils ne savent pas encore qu’ils s’engagent sur un long chemin jalonné d’obstacles, de doutes, de découragement. Jamais la passion ne les a quitté. Au cours des trente dernières années, leur investissement dans ce projet a été total. Obstination et courage font qu’aujourd’hui Les Grands Prés soient à nouveau un lieu baigné de sérénité.

Conscients de n’être que de passage et seulement responsables de ce qui appartient aux générations qui se succèdent, nous vous invitons à franchir à votre tour les portes du temps… Pour une nuit, quelques jours ou pour une simple visite.

 

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Manoir des Grands Prés
Manoir des Grands Prés
Les Grands Prés et son parc
Les Grands Prés - Cancale
Les Grands Prés - Cancale
Manoir des Grands Prés
Extrait du cadastre